Le XIXème siècle, en inventant le traitement moral, introduit la folie et sa guérison dans le jeu de la culpabilité. La peur apparaît maintenant comme personnage essentiel à l’asile. La folie ne doit plus, ne peut plus faire peur ; mais elle doit avoir peur. Le fou n’est pas coupable d’être fou ; mais à l’intérieur de sa folie, il doit se sentir responsable de tout ce qui en elle peut troubler la morale et la société, et ne s’en prendre qu’à lui-même des châtiments qu’il reçoit. La psychologie comme moyen de guérir s’organise désormais autour de la punition. Avant de chercher à apaiser, elle aménage la souffrance dans la rigueur d’une nécessité morale (p36r96). Leuret, aliéniste français contemporain de Guislain, explique ainsi l’usage de la souffrance comme moyen de guérison :

« N’employez pas les consolations, car elles sont inutiles ; n’ayez pas recours au raisonnement, ils ne persuadent pas. Ne soyez pas triste avec les mélancoliques, votre tristesse entretiendrait la leur ; ne prenez pas avec eux un air de gaieté, ils en seraient blessés. Beaucoup de sang-froid, et quand cela devient nécessaire, de la sévérité. Que votre raison soit leur règle de conduite. Une seule corde vibre encore chez eux, celle de la douleur ; ayez assez de courage pour la toucher. »

(propos du Dr Guislain).

A partir du moment où la culpabilité est instaurée au c ?ur de la guérison de la folie, les méthodes classiques de thérapie restent, mais avec une signification toute différente. On ne cherche plus par ces moyens qu’une punition, un châtiment moral. La peur est utilisée non plus comme méthode de fixation du mouvement, mais comme punition L’époque de la libération de l’aliéné est aussi celle où les méthodes de contention connaissent l’essor le plus grand, ce qui peut paraître paradoxal à première vue, mais qui devient logique à la lumière des notions de châtiment et de peur